L'Agba News

Totalement Agba attitude ...

25 novembre 2006

Harbate lbeghla !

lbeghla« harbate lbeghla ! ». Dès que cette maudite phrase était prononcée, des flots de honte se déversaient sur notre orgueil de mâles. C’est que nous savions pertinemment que chaque escapade de ce satané quadrupède, donnait suite à plusieurs jours de railleries et moqueries.

Comme toute ferme qui se respecte, la nôtre abritait un beau cheval. Certes il n’avait rien d’un pur sang, ni même de ces beaux spécimens de tbourida, mais c’était quand même un joli Kidar, élancé, fier et rapide comme l’éclair. Il coula des jours paisibles à la ferme, jusqu’à ce que mon oncle Mustapha aie la mauvaise idée de nous offrir, mes frères et moi, une véritable selle en cuir qu’il tenait d’un couple de français amateurs d’équitation.

Le pauvre kidar se transforma du jour au lendemain en cheval de course. Nous le baptisâmes Coco, le bichonnâmes, l’entraînâmes et passâmes nos journées à chronométrer nos traversées de la ferme au galop. Coco prit goût à son nouveau statut et surtout aux morceaux de sucre qui récompensaient chacun de ses efforts. Il en oublia qu’il était toujours le Kidar de la ferme, assujetti de ce fait à tirer le vieux chariot. Il galopa un jour funeste ou il ne devait que trotter, renversa le lourd chariot chargé de bottes de foin, manquant tuer deux ouvriers.

Nous fûmes sévèrement réprimandés. Le pauvre Coco, quant à lui, ne passa même pas la nuit. Il fût conduit séance tenante chez Lmaati moul lebghal, qui l’échangea contre une gigantesque mule blanche, dont le regard faussement endormi cachait parfaitement une incroyable sournoiserie. 

Cette maligne s’appliqua à donner totale satisfaction les premiers jours. Elle tira le vieux chariot avec la lenteur requise, contribua à tirer le vieux tracteur quand il refusait de démarrer, évita soigneusement le potager de ma mère et lutta vaillamment contre toutes ses envies de coup de pied. Ses lenteurs – calculées je vous dis – séduisaient là où la fougue du pauvre Coco exaspérait. Lmaati fût généreusement remercié pour son aide et la mule élit définitivement domicile dans notre étable. Nous n’allions pas tarder à nous en mordre les doigts.

Un beau matin cette dévergondée rompit la fine corde qui la liait et nous offrit une éloquente démonstration de son art. Elle galopa plus vite que ne l’aurait jamais fait Coco, s’ébroua, hennit, déjoua toutes nos tentatives pour l’attraper, donna des coups de pieds dans l’air, se cabra … ma quessratche quoi ! Pour finir, elle fonça vers une ouverture qu’elle avait repérée dans la haie délimitant la ferme et disparut dans la nature.

Nous la cherchâmes une bonne partie de la journée, jusqu’à ce qu’un lointain voisin vienne, la moustache moqueuse, nous informer que notre fugitive était chez Oulad Fateh, une dizaine de kilomètres plus loin. C’est quand nous partîmes la chercher que nous mesurâmes toute l’étendue de notre déshonneur. Ô rage ! Ô désespoir ! La satanée quadrupède filait le parfait amour avec l’étalon des Oulad Fateh, qu’elle était allée rejoindre et auquel, paraît-il, elle avait témoigné toute l’intensité de sa frustration ! L’effrontée s’était même payée le luxe, dans sa course vers son Roméo, de traverser au grand galop le douar voisin, où on ne parlait plus que des mœurs débridées de lbeghla d’ait flane… Chouha !

Nous empruntâmes, la tête basse, des chemins détournés pour la ramener au bercail. Nous nous arrêtâmes même en route, Dieu nous pardonne, pour panser de quelques raclées les blessures de notre orgueil. Et nous nous gardâmes de dire aux femmes de la famille dans quelle boue nous avait traîné Lmaati moul lebghal.

Nous eûmes beau redoubler de vigilance, renforcer les attaches, fermer les accès, la mule trouvait, tôt ou tard, le moyen de galoper vers son étalon. Nous nous résignâmes même, soucieux de limiter les dégâts, à la devancer à chaque fois chez Oulad Fateh. Lesquels, nous témoignaient une compassion mi-figue, mi-raisin.

Cela dura jusqu'à ce que, l'honneur bafoué et l'orgueil meurtri, nous soufflions aux parents, à mots couverts, les motivations peu honorables de la mule. Ils rappelèrent Lmaati moul lebghal.

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23 novembre 2006

L’Agba Lupin

Je suis tombé amoureux à la minute ou je l’ai vue. Toute en courbes,  majestueuse, noire, étincelante ! Je l’ai désirée de toute la fougue de ma passion. Je retins à grande peine mes mains baladeuses, mes doigts fureteurs, jaugeant du coin de l’œil, la probable réaction de mon père.

Elle détrôna au premier regard toutes les campagnes de mes nuits de débauche passionnée et devait régner, pour de longs mois, en maîtresse absolue. Dans mes fantasmes les plus fous, je n’avais jamais osé imaginer partager le même toit que cette merveille. Il me la fallait ! A tout prix ! J’allais pour cela, comme tous les amoureux transis, développer des trésors d’ingéniosité, qui, aujourd’hui encore, me font vibrer.

La nouvelle chaîne Hi-fi de mon père conquit mon âme de mouasqui  dès qu’elle montra un bout de bouton de son imposant carton !

Mon père, que Dieu ait son âme en sa sainte miséricorde, juge de son état, doublé d’un grand amateur de séries noires et de films policiers, cultivait la passion du détail. Une longue pratique des instructions judiciaires, quelques centaines de romans policiers dévorés au rythme d’un par jour et un regard calme et direct, qui vous faisait passer aux aveux avant même d’avoir pensé oser le délit, lui valaient une redoutable et avérée réputation d’efficacité dans la résolution des énigmes les plus hermétiques. Autant d’obstacles monumentaux auraient dû refroidir mes ardeurs. Mes nuits quasi-blanches à rêver aux charmes de la belle, m’ont donné le courage de passer outre.

J’imaginai, fiévreux, un plan machiavélique pour jouir des faveurs de mon élue, et le mis à exécution le cœur battant la chamade. A cette époque-là, mon père, exerçant à quelque 800 kilomètres de la ferme familiale, s’absentait vingt jours par mois. L’objet de mes convoitises devait passer cette période, hors de l’atteinte de quiconque, enfermé à double tour dans la bibliothèque paternelle.

Je résolus donc, complètement obnubilé par les nuits de tmousiqua qui m’attendaient, de piquer les clés de la citadelle, de l’ouvrir la veille du départ de mon père et de jouir de mon trophée de guerre, toutes les nuits des 19 jours restant.

Subtiliser le trousseau de clés et ouvrir, n’était pas chose difficile.  Masquer toute trace du crime aux yeux exercés de mon géniteur était une toute autre affaire. J’avais dévoré, également en douce la quasi-totalité de la même collection de séries noires. Je mis donc leur enseignement en pratique. Dès la première nuit suivant le départ de mon père – je ne pouvais bien entendu pas procéder à la lumière du jour, ma mère étant aussi intraitable que mon père sur l’usufruit du bien d’autrui – je me glissai bloc note a la main dans la chambre à la bibliothèque. J’ouvris, le cœur battant, les portes de Troie et notais soigneusement la disposition de chaque bouton, la graduation qu’il indiquait, la position du curseur de la radio, la distance entre le coté droit de la chaîne et la cloison, la même mesure pour le coté gauche, la disposition des enceintes, leurs coordonnées exactes, le nombre de boucles que faisaient les fils de raccordement, leur position exacte sur l’étagère, l’orientation de la prise de courant et une foule d’autres détails.

En bon fils de mon père, je poussai le soin plus loin. Je pris la chaîne, émerveillé pour la première fois entre mes bras, la déposai délicatement sur la moquette, découpai une feuille de papier à l’exacte mesure de sa base et la collai avec soin à l’endroit précis où était entreposée ma belle, afin que les dépôts d’une éventuelle poussière puissent se faire normalement tout en préservant l’espace qu’aurait dû masquer l’objet de mon larcin.

La belle prit alors la direction de ma chambre pour que commencent, chaque soir, dès que ma mère se laissait aller au sommeil du juste, mes débauches musicales casque à l’oreille.

La veille de chaque retour de mon père, tout rentrait dans l’ordre et la bibliothèque était de nouveau fermée dès que j’entrais en possession du trousseau de clés, en attendant des jours plus favorables.

Mon manège dura plusieurs mois. Jusqu’à ce que la passion se consuma.

Je ne devais apprendre que des années plus tard que mes parents s’amusaient en privé de mes … prouesses. Je me creuse encore les méninges pour trouver ce qui avait mis la puce a l’oreille de Monsieur le Juge … Allah y rahmek ou y ousse3 a3lik a loualid.

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03 novembre 2006

Ce soir … je SUIS

C’est la musique qui m’a réveillé. Si tant est que j’étais réveillé. Si tant est qu’il s’agissait d’une musique. Les vibrations sourdes, puissantes, tenaces s’immisçaient peu à peu dans mon esprit. Leur écho se répandait dans mon corps endolori de fatigue. De l’impact de ses ondes jaillissaient des éclats de conscience. Je prenais lentement pied dans la réalité.

Mes yeux écartèrent laborieusement les derniers voiles de Morphée, pendant que me prenait aux viscères la clameur virile, sauvage, primitive. Le rêve se dissipa. Soulevé par les vibrations, je fis quelques pas incertains vers la révélation.

Dans la vaste cour intérieure de la maison de mon grand père, une quinzaine de grands gaillards alignés en jellaba, selham et rezza donnaient la réplique à autant de femmes. Fiers, droits, beaux, les uns et les autres dressaient deux lignes compactes de part et d’autre de deux bnadria, faisant à chaque note vibrer les fondations de la vieille bâtisse. Les deux masses, traversées de la même houle, se cherchaient, se fuyaient, s’intimidaient, s’amadouaient...

A quelques heures de l’aube, dans une propriété perchée sur les hauteurs de l’Atlas, tout près des étoiles, dans une nuit glaciale qu’entamaient à peine de grands feux crépitant de milliers d’étincelles, le mariage de mon cousin battait son plein. Je découvrais mon premier Ahidous.

Ce soir, trente ans après, casque sur la tête, résonne à plein volume dans mes oreilles, la même clameur. Mon sang berbère reconnaît son tempo et s’emballe. Mes doigts, en transe, courent sur le clavier, vous esquissant les contours de ma résurrection.

Je ferme les yeux. S’élèvent devant mon esprit, au loin, les sommets enneigés de l’Atlas de mon enfance. Ils sont là mes guerriers farouches. Elles sont là mes guerrières. Leur unisson résonne encore dans la pierre meurtrie par le souffle du soleil et la poigne du blizzard. Ils sont là les miens. Tous les miens. Au fond de moi.

Demain sera un autre jour. Ce soir je fais quelques pas décidés et me fonds dans la rangée des hommes. De mes entrailles jaillit, intacte, la même clameur. Mon âme bat la mesure.

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29 octobre 2006

Halouuuuuufa hadi !

Je reviens de chez mon opérateur de téléphonie, heureux propriétaire -après conversion de mes points laborieusement accumulés- d’un terminal de dernière génération. Ca sait à peu près tout faire. Capter la radio, prendre des photos, des mini-vidéos, lire des MP3, gérer des applications … Vous connaissez la suite.

En explorant le menu, un souvenir remonte men qa3 lkhabia, comme on dit. Je pense à ma toute première montre à quartz. Elle a été la fierté et le tourment de l’année de mes douze printemps. Je suis tombé raide dingue à la seconde où je l’ai vue dans la vitrine d’un horloger. Une montre-bracelet qui indique l’heure en affichant des chiffres ! Le top du top ! Pas de Mouri lekbir, ni de mouri sghir. Pas besoin de Te3mar une fois par jour. Pas de panne de Mizane ou de cha3ra à craindre. De plus, elle affiche le jour, le mois, l’année et, miracle de la technologie, contient une minuscule lampe qu’on peut allumer pour lire l’heure zaama bellil ou au cinéma ;). Et le plus magique dans tout cela, fiha tlata dial lboutounate.  Le rêve !

Acquérir une telle merveille, qui à l’époque coûtait une fortune, n’a pas été chose facile. Tous les stratagèmes manigancés auprès de mes parents s’étant révélés vains, je dû puiser dans mon patrimoine. Habitant dans une ferme, mes avoirs personnels se montaient alors à une douzaine de poulettes et coquelets en plus de la poule-mère. Une virée au souk hebdomadaire en compagnie de Ba Qeddour, Dieu ait son âme, me permit d’en tirer bon prix. C’est fier comme Artaban, que je me rendis séance tenante chez l’horloger, lequel, ayant remarqué mes quotidiennes pauses ébahies devant sa vitrine, écarta catégoriquement toute velléité de marchandage. Il ajouta même, comble de la sournoiserie, « n3elmek men daba a ouldi, lmaganate ilictronik ma fihoumche lgaranti, hite tay jiou men jaboune ». Rien n’y fit. Mordu jusqu’à l’os, j’échangeais la poule-mère, les poulettes et les coquelets contre la montre et courrais frimer devant mes copains.

Tout se passa à merveille les premiers jours. Je consultais la date vingt fois par heure, attendais impatiemment la tombée de la nuit pour allumer la minuscule ampoule jaune et montrais ce bijou à tout ce qui bougeait.

Mon bonheur s’arrêta brutalement ! Un jour funeste, mon regard faussement blasé se porta sur le cadran et, malheur, ne rencontra aucun chiffre. La terre cessa de tourner. Je tripotai fiévreusement tous les boutons, sans résultat. Au comble du désespoir, je me réfugiai dans ma chambre pour digérer cette moussiba. Quelques minutes s’écoulèrent et, miracle, la montre fonctionnait de nouveau. Je remerciai Dieu, le prophète, ses compagnons et toute la lignée des saints hommes. Je ressorti une fois calmé et, nouveau choc. Je conclus à une panne de pile et raclais mes fonds de poches pour en acheter une neuve. Mes tourments, que mon orgueil ne me permettait de confier, ne cessèrent pas pour autant. De joies en déceptions, je fus cette bouleversante découverte : Ma montre était allergique à la lumière du soleil !!! Je déterminais même le site exact de l’allergie au niveau des deux points qui clignotaient en permanence entre les heures et les minutes.

Après avoir fait le tour des mouagnia de la ville, qui manquaient de peu me mettre à la porte quand j’exposai le problème, je tentai mille et un moyens de soustraire ma montre aux rayons néfastes. Je me résignai ainsi au port permanent des manches longues. Quand ce ne fut plus possible, je confectionnai un couvercle de fortune, qui ne fonctionna jamais. Puis, je collai un bout de ruban adhésif qui, certes, protégea les deux points, mais cacha la moitié du minuscule cadran. Il fallait choisir entre lire l’heure ou laisser ces satanés rayons de soleil s’introduire subrepticement dans le cœur de ma mécanique de précision.

Mon calvaire dura, en silence, de longs mois. Jusqu’à ce que je me résignasse à dire :  Adieu poule-mère, coquelets, poulettes ! J’offrais alors l’objet de mes tourments à Hamid Bousninate, le garçon de courses de la ferme, surnommé ainsi en raison de l’absence des deux incisives supérieures, qui, quand il vit la petite lumière jaune, s’écria les yeux ronds : «Halouuuuuufa hadi !!!!»

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26 octobre 2006

Bergoune

Nous l’appellerons Bergoune dans ce récit. Il a été mon camarade de classe en première année du lycée. Chacun de vous a du avoir son Bergoune des années collège/lycée. Le mien n’était pas un méchant bougre. Disons seulement que la gentillesse se serait trop mal accommodée de son gabarit de mastodonte. Une espèce d’Adellatif Benazzou –quarante bons centimètres en moins-, la chevelure dense et crépue, le regard brillant, les lèvres charnues, la nuque en enclume de forgeron et les épaules qui vont avec.

Bergoune avait deux passions dans la vie. La boxe et les inventions. Il était redoutable dans l’exercice de l’une comme de l’autre. Dans la salle de sports qu’il fréquentait, on le surnommait Trax. Traduisez bulldozer. Au bout de quelques mois de présence assidue, Bergoune avait fini par mettre au tapis, sur le ring comme en dehors, tous les adhérents, l’entraîneur en prime. Il changea de salle, faute de partenaires. Ses nouveaux camarades connurent le même sort. Très vite Bergoune était devenu persona non grata dans toutes les salles de sport de la ville. Il se résigna à s’entraîner seul sur la terrasse de la modeste maison familiale, reportant toute sa fougue sur ses inventions.

Bergoune n’était pas méchant bougre, vous disais-je. S’il était dangereux, c’était surtout par une incroyable méconnaissance de sa force colossale, que décuplaient des colères aussi violentes que brèves. C’est vous dire que le Bergoune, personne ne se risquait à le contrarier. En cours d’éducation physique, sur le terrain de Hand Ball, ballon ou pas ballon, Bergoune évoluait confortablement dans une sorte de « zone de sécurité » en permanence déserte. La consigne dial drari, c’était « a3ti simètre al Bergoune, hssen lik ». Même le gardien de but l’appliquait à la lettre, Bergoune, malgré ses efforts sincères, n’ayant jamais pu assimiler la notion de zone. Il était donc, par la force des choses si j’ose dire, devenu le meilleur butteur de l’histoire du lycée. 

Bergoune, banni des salles de sport, craint sur les terrains de toutes les disciplines connues, avait donc reporté sa fougue sur ses inventions. De préférence explosives. C’est ainsi qu’il se livra à une expérience parfaitement fumeuse en cours de mathématiques, que nous dispensait une sorte de néo-colon français, dont le principal mérite était d’avoir appris par cœur le Royaume qu’il nous dictait de mémoire. On était donc en cours de maths quand nous entendîmes une explosion sourde venant du fond de la classe, royaume – celui-là territorial- de Bergoune. Au moment nous prenait à la gorge une insupportable odeur de souffre brûlé. Bergoune venait de tester sa nouvelle bombe de dispersion de foules. A l’adresse du prof de maths qui se lamentait sur le désespoir de faire quelque chose de ces marocains incultes, il se contenta de lui adresser la plus méchante vanne qu'il connaissait ( en français s'entend ) « Tu me cherches ? Hein espèce de loup !!! ». Ce jour là, on nous donna quartier libre, nous conseillant de boire beaucoup de lait. Bergoune écopa, quant à lui, d’une semaine de suspension, pendant laquelle nous organisâmes un très réussi mini-tournoi de Hand Ball…

Il devait récidiver quelques semaines après en testant, en cours d’arabe, un génial système de transmission sans fil sur bande FM. Bergoune avait caché le récepteur, un vieux poste de radio traficoté, sous le bureau du prof, gardant l’émetteur sur lui. Le moment de l’essai venu, nous entendîmes s’élevant des entrailles du bureau du prof un métallique « Ha doua lberghoute, doua lberghoute !!! ». C’est tout ce qu’il avait trouvé en guise de test de son !

On ne la faisait pas à M. Tafish, qui en avait connu d’autres. On disait de ce bel palestinien, érudit et polyglotte, qu’il avait perdu sa main au combat. Il jouissait d’une aura de héro à nos yeux, qui brillât de mille feux ce jour-là. Sans même se retourner, il remarquera depuis le tableau … « inni asma3o Asouat hayaouanate !! ». Le génial palestinien aida le non moins génial marocain à remballer son matériel, après un bref exposé sur le mode de fonctionnement. Nous quittâmes le cours dans un brouhaha de rires.

Le jour où Bergoune franchit la ligne rouge, nous étions, mon ami Noureddine et moi, en première ligne. Bousculé par le prof de physique pour un retard de 5 minutes, sa colère éclata ! Il plût tellement de directs, d’uppercuts, de jabs et d’autres spécialités du genre sur le pauvre moul lphysique, que le temps que nous réagissions, ce dernier était à terre, sonné pour une bonne semaine.

Bergoune quitta le lycée ce jour là dans un fourgon de police. Dans son sillage s’évanouit la promesse d’un phénomène du ring et, qui sait, d’un Jimmy neutron marocain.

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22 octobre 2006

Ras L3agba

Les internautes égarés sur ce blog, qui m'ont fait la politesse de parcourir ses quelques posts ont du se poser la question. L'agba news ? kifach ? Le titre de ce nouveau post vous aura sans doute renseignés.

L'histoire commence il y a plus de 25 ans. On était en cours d'arabe. Mon ami Noureddine, arrière latéral dans la classe, toujours à l'affut de quelque mauvais coup, assuré de s'en sortir grace à une vélocité que permettaient ses 45 kilos, me fait parvenir de main en main un billet plié en 20, jusqu'à ma position habituelle d'ailier gauche. J'ouvre la missive, je parcours ses quatres lignes, et mon sang, cocktail explosif de berbere et d'aarab, ne fait qu'un tour. Je lis la rage au coeur :

Oohhh que c'est bizarre

Tu as une tête de lézard

Ahhh quelle honte

Tu as une tete en pente

:p .  Le bout de papier est déchiré en mille morceaux pendant que je mime à l'adresse de mon pote Noureddine, les détails de la raclée que je lui reserve, dans pas plus tard que 10 minutes, c'est à dire à la récré de 16h00. Comme vous vous en doutez, dès que le signal de la récré a été donné, Noureddine, lmoustiq pour les intimes, qui avait pris soin d'ébruiter la teneur de notre correspondance, avait déjà pris quelques enjambées d'avance. Notre course poursuite ce jour la devait durer plus d'une heure, dont le cours d'anglais programmé après la récré avait fait les frais. Pour ceux qui connaissent kénitra, je courrais derrière lmoustiq ( tenant sa djellaba des deux mains) du lycée Mohammed V à Souk Tnine, en criant aux passant Ched Ched Ched !!!! A bout de souffle on s'est arrêtés à bonne distance l'un de l'autre ... grillant chacun de son coté une cigarette au détail ... ce jour là j'acceptais mon surnom de Ras L3agba ( que les reliefs de ma tête d'ado justifiaient quelque peu je dois dire ).

Ca a donné suite à une sorte d'Agba attitude, faite d'amitié au dessus de toute considération, de fidelité à toute épreuve, d'aventures en tous genres. Le cercle s'est élargi et Ras L3agba est devenu une sorte de signe de ralliement. Un titre qui supposait d'abord le don de soi aux copains. Nous avons édité par photocopie et montage manuel un Agba Magazine relatant mensuellement nos exploits. Nous avons aussi accepté ( après vote) un membre féminin auquel fut trouvé le joli titre d'Aiguebelle...

Un quart de siecle après, ne subsiste que le souvenir du clan des Ras L3agba ... Quant à l'Agba attitude .. c'est peut être sa quête inaboutie, qui me fait encore prendre seul mes cafés ...

PS Ras L3agba signifie littéralement tête en pente   

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20 octobre 2006

J'ai soudoyé neffar

Je n’en suis pas particulièrement fier … ni vraiment honteux non plus … j’ai soudoyé neffar il y a 3 jours et cela m’a coûté 20 dh pour le reste du ramadan en nuits non stop. L’affaire est plutôt bonne. Au moins maintenant je suis tranquille, mon fils ne se réveillera pas à 4 heures du matin pour me demander de sa voix ensommeillée :

-          Papaaaaaa !!!! il est encore revenu le monsieur a la flûte ?

-         ( Grrrrrr ) Oui mon garçon, allé dodo, il va bientôt partir

-         Papaaaaa ! et pourquoi tu lui as pas dit de partir ?

-         Je lui ai dit mon garçon, mais il a oublié, dodo maintenant

-         ( Apres quelques gigotements ) Papaaaa ! j’ai soif

-         ( grrrrr ) oui mon fils, je descends te chercher un verre d’eau

-         Merci mon papounet ! ( je fonds à 200 à l’heure )

-         (après avoir bu dans le gobelet de Winnie l’ourson ) dis papa ? c l’école demain ?

-         mmhhhhhh oui

-         C’est l’école deux fois ou une seule fois papa ?

-         Grr fffjj t =klkkf  une seule fois mon fils, dodo maintenant !!!

-         Je vais manger à l’école ?

-         Ouiiiiiii !!!!!

-         Et qu’est ce que je vais manger ?

-         Ggff d hhsgs juhfdbd de bonnes choses que va te préparer maman, allé maintenant tu fermes les yeux et tu t’endors !

-         ( 5 min après ) Papaaaa ? tu crois que teletoon est revenu ?

-         oufffffff …. Non mon fils, teletoon est parti, maintenant DODO !

-         Il ne reviendra jamais ?

-         NON !!!!!!!

-         Papaaaaa ! j’ai faim, je veux quelque chose qui est bon dans le placard de cuisine

-         Hhff ttstst lkkjf mklmkfn s ds dsd

Quand je pense qu’il m’a fallu 2 semaines à ce régime pour me rappeler que j’étais bien au Maroc et que tout problème sous nos latitudes compréhensives et clémentes avait sa solution…

Ca a fait tilts dans mon cerveau ensommeillé au premier son de mon neffar-bourreau, deux minutes après j’étais habillé à la hâte et je dévalais quatre à quatre les escaliers, pour déboucher sur un petit jeunot tenant à bout de bras son « neffar » à la verticale exacte de la fenêtre de ma chambre à coucher …

Deux mots gentils, deux remarques à peines marquées sur N3ass dial drari, et un billet de 20 dh glissé dans la main et j’avais mille promesses de discrétion de mon neffar de quartier…

Je remontais lentement les 3 étages et me dirigeais ( certain que c’était la dernière fois à cette heure-ci ) vers le placard de cuisine

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16 octobre 2006

Mouharabate Al Oummia

On vient de célébrer la journée nationale de l’alphabétisation. Globalement nous sommes passés de la moitié de la population analphabète à quelque 39 pc aujourd’hui. En deux couples d’années. Score moyen on va dire.

Quelques millions de dirhams plus tard on se demande aujourd’hui si ce n’est pas cette hantise du score qui a faussé le jeu ?  Le taux d’alphabétisation étant une composante de poids dans le calcul de l’indice de développement humain (IDH), lequel est essentiel pour un tas d’autres choses, il fallait une sorte de révolution alphabétisation.

On y a réfléchi, on y a mis les structures, les moyens, les programmes, la communication etc. Et on y est allés. A la marocaine bien entendu, en cogitant d’abord galerie. Nos stratèges ont encore une fois fait dans le grandiloquent, ratissé large et transformé tous le pays en madrassa ibtidaia, enrôlé des mères, des grand-mères, embauché des diplômés chômeurs. Bref, un effort monstre pour alphabétiser, presque à l’insu de leur plein gré, des quinquagénaires, sexagénaires etc …qui pour la plupart ne voyaient aucune illustration pratique à cette "corvée", en termes de bien-être matériel.

Pendant ce temps, les déperditions scolaires ( dans l’école publique s’entend) sont toujours aussi graves, avec quelque 1,6 million de jeunes déscolarisés. Des enfants continuent à quitter l’école pour la rue ou l’atelier de mécanique malgré la loi dûment votée portant obligation de l’école jusqu’à 15 ans. Aucune passerelle école/formation professionnelle n’existe de facto. Les alphabétiseurs, non payés pour cause de conflit sur le budget d’origine, donnent de la voix. Et, pour quelques centaines de femmes âgées alphabétisées, des milliers ont préféré s’en retourner chez elles. Et vous savez la meilleure ? La raison principale pour ces jets d’éponge est tout simplement que les tables, initialement prévues pour écoliers, étaient trop étroites pour leurs généreuses formes. Le détail qui tue !

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15 octobre 2006

Net pas net

Premier post sur canalblog. Pour l'occasion, deuxième visite dans ce  cyber sympa de quartier découvert il y a quelques jours. Accueil chaleureux, postes pas trop cabossés, bande passante de 4 méga siboupli, et, surtout, casque et webcam sur tous les postes.

A ma première visite, j'avais à ma gauche une jeune dans les 18 ans, allure branchée, totalement dans son écran, en mode séduction. Ma voisine de droite, c'était autre chose. dans la vingtaine, voile "strict" , egalement totalement dans son ecran et également en mode séduction. Sauf que la voisine de gauche, véritable pro du clavier, se bornait à servir au gars a l'autre bout de la fibre optique, la parfaite panoplie de sourires et oeillades copyright rotana, alors que celle de droite ( moulate lhijab on est d'accords), plutot de culture orale, nous faisait généreusement profiter de la haute teneur spirituelle de son "échange" avec un gars qui m'a semblé être emirati.

Voilà. Tout est dit Zaama ? Que l'on ne se méprenne pas sur mes intentions toutes pacifiques. Ce qui m'a choqué, ainsi que les quelques internautes présents ce soir là, c'etait le PARFAIT accent de la fille. on avait cessé d'exister et Lalla, toute à son trip avec le poilu de l'arabie, commentait toutes les series romanesques de toutes les chaines arabes en parfait egyptien, insérait traits d'humour, mimiques, interjections ou zid ou zid ... personnellement j'etais sur mon honorable postérieur. Le gars en face, une sorte de mélange Banderas/ Kafoury ( oui, bergueguete pour verifier ) buvait les paroles l'air du canaris qui s'apprête à croquer le chat ...   fin de l'anecdote ... ce que je veux dire ? pourqoi nous autres marocains nous sentons nous toujours obligés de nous adapter aux autres ? Pourquoi ce besoin irrepressible de plaire aux étrangers ? Pourquoi se plie-t-on en quatre pour une dose de mélanine en moins, alors que l'on se truciderait volontier à la troncenneuse ? La Mouhtajiba a quitté le cyber apres échange de numeros de tel avec son khaliji... dehors elle reprendra son air pincé et marchera bel hadith ou sounna..  moi je pense, non pas à nos valeurs, mais juste à notre valeur en tant que peuple ? que valons nous désormais ?

Baume au coeur tout de même ... tout à l'heure, dans le même cyber, deux sourds muets débattaient, passionnement m'a-t-il semblél, avec des copains quelque part dans le monde ... rien que pour ca ...   

Posté par lagba à 18:56 - Regards - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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