28 mai 2007
Je n’existe pas …
« Mais pourquoi voulez-vous faire du théâtre ? », lance la réalisatrice au candidat au casting, auteur d’une tentative d’interprétation particulièrement mauvaise. Un moment d’hésitation, quelques déglutitions et le pauvre homme se lance : « Je n’existe pas ! ».
Ma main tâtonne à la recherche de la télécommande et met en pause la projection du très agréable « Bigger than the Sky » du réalisateur Al Corley. C’est sans doute le moment le plus fort du film. Cette sourde conscience de non-existence qui finit par exploser, presque, en cri de détresse. Ce ridicule que l’on ose braver pour être simplement visible aux autres. Cette tragédie que vivent des millions d’électrons solitaires, en permanente recherche d’une configuration permettant la greffe. Cette douleur du rejet, tant de fois soufferte, et pourtant, à nouveau tentée. Ce jet d’espoir, se faufilant dans les interstices d’une chape de convenances et de convenus, pour jaillir, geyser, revendiquant, une énormité, le premier rôle dans la pièce de Cyrano de Bergerac.
La question s’impose, aveuglante, dans la pièce qu’éclaire à peine l’image figée sur l’écran. « Est ce que j’existe ? ». Quels Cyranos ai-je revendiqués ? Quels ridicules ai-je bravés ? Quelles chapes ai-je fracassées ? Quelles mains ai-je tendues ? Quelles bouées ai-je saisies ? Quelles révoltes ai-je menées contre ce statut d’électron solitaire ?
La réponse ? Je la cherche encore entre ces lignes, baignées de votre regard interpellé.
Non ! Elle est là. Sous vos yeux. Dans chaque mot. Dans chaque phrase. Dans chaque idée que fait naître, mon cri à moi, dans votre esprit. Peut être avez-vous déjà, à votre tour, lâché la souris pour mieux écouter ce cri. Peut être a-t-il soulevé, bien profond, bien loin, au-delà de votre chape, un écho, prémisse d’un geyser d’espoir.
Ma main a tâtonné pour retrouver la télécommande. La vôtre s’est saisie de la souris. La vie a continué. Mais, pendant un instant, mon Cyrano et moi, avons existé.
15 octobre 2006
Net pas net
Premier post sur canalblog. Pour l'occasion, deuxième visite dans ce cyber sympa de quartier découvert il y a quelques jours. Accueil chaleureux, postes pas trop cabossés, bande passante de 4 méga siboupli, et, surtout, casque et webcam sur tous les postes.
A ma première visite, j'avais à ma gauche une jeune dans les 18 ans, allure branchée, totalement dans son écran, en mode séduction. Ma voisine de droite, c'était autre chose. dans la vingtaine, voile "strict" , egalement totalement dans son ecran et également en mode séduction. Sauf que la voisine de gauche, véritable pro du clavier, se bornait à servir au gars a l'autre bout de la fibre optique, la parfaite panoplie de sourires et oeillades copyright rotana, alors que celle de droite ( moulate lhijab on est d'accords), plutot de culture orale, nous faisait généreusement profiter de la haute teneur spirituelle de son "échange" avec un gars qui m'a semblé être emirati.
Voilà. Tout est dit Zaama ? Que l'on ne se méprenne pas sur mes intentions toutes pacifiques. Ce qui m'a choqué, ainsi que les quelques internautes présents ce soir là, c'etait le PARFAIT accent de la fille. on avait cessé d'exister et Lalla, toute à son trip avec le poilu de l'arabie, commentait toutes les series romanesques de toutes les chaines arabes en parfait egyptien, insérait traits d'humour, mimiques, interjections ou zid ou zid ... personnellement j'etais sur mon honorable postérieur. Le gars en face, une sorte de mélange Banderas/ Kafoury ( oui, bergueguete pour verifier ) buvait les paroles l'air du canaris qui s'apprête à croquer le chat ... fin de l'anecdote ... ce que je veux dire ? pourqoi nous autres marocains nous sentons nous toujours obligés de nous adapter aux autres ? Pourquoi ce besoin irrepressible de plaire aux étrangers ? Pourquoi se plie-t-on en quatre pour une dose de mélanine en moins, alors que l'on se truciderait volontier à la troncenneuse ? La Mouhtajiba a quitté le cyber apres échange de numeros de tel avec son khaliji... dehors elle reprendra son air pincé et marchera bel hadith ou sounna.. moi je pense, non pas à nos valeurs, mais juste à notre valeur en tant que peuple ? que valons nous désormais ?
Baume au coeur tout de même ... tout à l'heure, dans le même cyber, deux sourds muets débattaient, passionnement m'a-t-il semblél, avec des copains quelque part dans le monde ... rien que pour ca ...
